LE POUVOIR DE L’IMAGE #3

LA SOCIETE DU SPECTACLE

 L’information spectacle

Course à l’audimat = audience la plus large (danger pour la démocratie, faut il le rappeler, et d’ailleurs, le marketing politique et l’est aussi). Il faut donner un écho phénoménal à des faits (xénophobes ; racistes..) ; Exploiter des passions primaires.

Dans le langage, pour être compris du plus grand nombre, il faut simplifier, voire être approximatif. D’où la tentation de privilégier le « sensible ».

Le pouvoir de la télévision, c’est de pouvoir cacher une chose en montrant autre chose. Et informer d’une telle façon qu’on rend insignifiant l’important et qu’on montre ce qui ne correspond pas du tout à la réalité, en faisant croire que ce qu’on montre est important et que cela correspond à la réalité.

Exemple 1 : les phénomènes de banlieue

Les journalistes, avec leur vision du monde, leur formation, et la logique de leur profession vont sélectionner dans la réalité un aspect tout à fait particulier. Et ensuite, ils vont sélectionner dans cet aspect de quoi construire leur sujet. Je pourrai aussi évoquer plus longuement leur « sensibilité politique » et la sensation qu’ils éprouvent trop souvent de dénoncer ou d’avoir une révélation importante qui n’est que le reflet de leurs peurs ou frustrations, mais ce n’est pas le débat du jour …. 😉

Cette sélection, c’est la recherche du sensationnel, du spectaculaire. Car la télévision appelle à la dramatisation, au double sens : elle met donc en scène un événement et elle exagère l’importance, la gravité. Pour les banlieues, on va s’intéresser aux émeutes !

Et même le mot est choisi pour faire peur, épater, impressionner. (CF foulards et fichus). Ils cherchent l’exceptionnel, mais pas n’importe lequel, celui qui l’est pour eux !. Par rapport à leur profession, il faut sortir le scoop. Ensuite, il faut se copier pour ne pas être en reste…pour tenter de re-capter l’auditoire… Et ensuite, on épuise le sujet, tout est banalisé, uniformisé.

De plus, dans le cas de ces manifestations de banlieue, exacerbation au niveau planétaire… amplification : « guerre civile » selon CNN ! Alors que c’est hélas le quotidien des banlieues.

Exemple 2 : la reprise des essais nucléaires en 1995 en Polynésie

C’est une expérience personnelle, j’étais présent à Papeete au moment des faits. J’ai tout filmé cet envers du décor, cette réalité, mais aucune chaîne n’a accepté mes images…. :

–       plus de journalistes que de manifestants….140 journalistes pour environ 25 manifestants !!!!!

–       créer l’événement, c’est-à-dire une mise en scène, avec récupération de « figurants « dans les banlieues de Papeete, généralement soit des drogués, soit des indépendantistes fanatisés à qui les journalistes vont demander d’ »acter » ou d’agir pour faire l’image choc, comme le drapeau français qui brûle, ou créer de toutes pièces de fausses pancartes à l’effigie du Président français qui sera barré à l’encre rouge par les journalistes eux mêmes….

–       détourner les images existantes, vieilles de plusieurs mois, avec l’utilisation de séquences de foules partant de Papeete à pied quand les indépendantistes avaient bloqué l’unique route de l’île obligeant tous les automobilistes à repartir à pied….Ces images seront ensuite celles de la manifestation des soit disant opposants….

–       masquer le réel du réel enjeu : les eaux territoriales reprises aux néo zélandais, aux australiens et aux japonais…. Mieux vaut être dans la fabrication d’une info que l’on peut maîtriser de bout en bout…avec des activistes de l’agit prop !

–       donc faire le jeu des minorités et des groupes de pression,

–       justifier « l’info », la course au scoop ! également pour justifier 10 j à Papeete dans un hôtel 5 étoiles…..

Ensuite, l’instrumentalisation des faits par les pouvoirs politiques, va donner une dimension éthique, là aussi relayée par les associations, qui, pour leur existence, ont aussi besoin de promotion et de temps d’antenne….

Exemple 3 : des lycéens, quelle que soit la manifestation

D’abord quand on est lycéen, le fait de se retrouver dans la rue pour manifester, jouer, se retrouver, est devenu un acte social, presque un acte « initiatique » pour dépasser l’adolescence. Ensuite, pour mieux les instrumentaliser, on a mis en avant, et ce en s’inspirant de mai 68, des portes parole qui sont eux-mêmes politisés, et soutenus par les syndicats et autres associations.

Et là, tout le monde finit par se prendre au sérieux par ce que la télévision et le journalisme en général ont donné un écho de plus en plus important à des faits souvent mineurs au départ.

La télévision devient un instrument de création de réalité. Et au niveau de notre société, on va de plus en plus vers des univers où le monde social est prescrit par la télévision.

Des émissions de cette nouvelle réalité, de « Kho Lanta » à « l’Ile de la tentation »…sont à cet égard édifiantes. Mais ce sont là des divertissements. J’ y reviendrai quand j’évoquerai la télévision…

L’information et son visage sont désormais écrits, scénarisés, provoqués. Et le but des rédactions n’est plus de relater les faits ou d’enquêter, mais de gagner des parts de marché, des concours d’audience, de sortir un coup ! Je me souviens avoir vu dans les locaux de France2 lors du génocide au Rwanda, et dans les ascenseurs des messages d’auto satisfaction pour les audiences réalisées par les reportages de la rédaction sur les massacres Tutsi- Hutus, qui plaçaient France 2 devant TF1 !!!!!

Et ce qui est digne d’intérêt, c’est ce qui pourra nourrir le cercle vicieux de l’information, qui se nourrit d’elle-même. Mais c’est bien le fruit de notre société de marché, avec de la concurrence, des espaces publicitaires et des impératifs de vente.

 Le véhicule de la société spectacle : la télévision

–       Temps limité

–       Propos contrôlés ou montés

–       Sujets imposés

–       Technique

–       Intérêts politiques

–       Intérêts économiques

–       « Moralité » politiquement correct….

–       « Le public ne peut pas comprendre »

 

Dans ces conditions, comment « vouloir parler à la télévision ? » On ne va pas à la télévision pour dire quelque chose, mais pour être vu, pour « se faire voir ». Car Etre, c’est être perçu ! , la télévision est un lieu d’expression narcissique.

Or, pour être invité à la télévision, il faut être invité…d’où compromis et compromission…aller dans le sens du journaliste, dans le sens du commun, de ce qui est entendu.Dans un contexte de précarité de l’emploi, conformisme et autocensure ou propos encore plus marqués que la censure…

Qui possède la télévision ? Les grands groupes industriels, les annonceurs, l’Etat. Pas de critiques… . TF1=Bouygues, NBC = General Electrics.

Le Journalisme

Le journalisme d’investigation a pratiquement disparu, le journalisme indépendant, qui tel Icare cherche la vérité a beaucoup de mal a exister à cause de l’univers économique du métier, à cause de la collusion du métier avec les autres formes de pouvoir, et enfin à cause du culte de l’immédiateté, du besoin de consommation de « news », et de la course au sensationnel. Nombreux sont les déçus du journalisme à la façon des « Hommes du Président »….La limite de l’expression journalistique tient maintenant dans la notion d’idée reçue, de telle sorte qu’il n’y ait pas de pensée, pas d’interrogations… Il faut toucher tout ce qu’il y a de convenu, afin de toucher aussi le plus grand nombre : le problème de réception ne se pose pas lorsqu’on évoque une information attendue, commune et banale. Le fait est inconnu, mais ses implications sont entendues….

Par opposition, la pensée est subversive, car elle entraîne la raison, tandis que l’idée reçue ne joue que sur l’émotion….

Question :quels sont les exemples des dernières informations que vous avez reçues qui ont engendré de l’émotion ? de la réflexion ?

Le Journalisme et le culte du fait divers.

Avant, le fait divers était réservé à la presse à sensations, à contrario de la presse sérieuse qui par souci de respectabilité n’en traitait pas. Avec la course à l’audimat et les attentes des publicitaires, le fait divers, avec son lot de sexe, de crimes et de drames (cf cerveau primitif) est devenu au centre de tous les intérêts journalistiques.

Mais ces faits, sont aussi là pour faire diversion (cf prestidigitateurs). Les faits qui intéressent tout le monde sont des « omnibus ». Le fait divers est une sorte de denrée élémentaire, rudimentaire, parce qu’elle intéresse tout le monde sans grande conséquence apparente et qu’elle prend du temps, du temps qui pourrait être employé à dire autre chose.

Or, le temps est très important à la télévision. Et, l’important, c’est que ces choses futiles cachent les faits importants. Ce n’est pas une image juste… C’est juste une image.

 La course au scoop, la concurrence

Dans un univers extrêmement concurrentiel tel que celui de l’information, il faut privilégier la rapidité : être le premier à réagir, être le premier sur le fait, l’événement….Et avoir sous la main tous les ingrédients pour « fabriquer » l’info, le débat, la mise en scène, pour sur-dimensionner le drame et garantir l’audience….

Comme il n’y a pas de place pour la pensée pour la réflexion, il faut privilégier l’émotion et faire semblant de penser… Il faut un condensé de réflexion, une impression d’analyse dans ce marché du « fast think » qui est à l’information et au journalisme ce que le « fast food » est à la gastronomie et à la nourriture….

On fait appel à des soit disant spécialistes (qui sont d’ailleurs toujours les mêmes, les « bons clients ») l’un pour l’économie, l’autre pour les affaires russes, etc… qui donnent la touche « intellectuelle » à l’actualité et rien n’est évoqué dans le fond….on ne va pas chercher à comprendre les mécanismes d’un fait, on va tenter de savoir quelle pourrait être la portée de ce fait….on quitte le réel pour l’imaginaire, le spectaculaire, le fantastique.

Dans ce contexte, le rôle du journaliste présentateur est primordial : il distribue le temps de parole et le ton de parole…. C’est lui qui retraite l’information.

Journalisme et pouvoir.

Les exemples sont multiples, à commencer par le couple présidentiel….

Il est aussi important de souligner à quel point le pouvoir incarné par le journaliste et celui du pouvoir (économique, politique,..) se retrouvent….se confondent. Souvent le journaliste et l’intervenant se connaissent se fréquentent, se cottoient….partagent les mêmes intérêts, appartiennent à une même corporation à une même organisation dite secrète….ou que le journal ou la chaîne appartienne indirectement à l’intervenant ou à la personne interviewée…

Il n’est pas rare que la complaisance soit de mise !

Aujourd’hui, par l’acceptation des pouvoirs politiques et du système en général, chaque grand groupe détient son ou ses supports de presse : Bouygues, bien sûr, Dassault, mais Bolloré, Lagardère…. Et tous ces groupes ont des actionnaires, des financiers ou des groupes de pression en commun, et dans un tel contexte, toutes les vérités ne sont pas bonnes à dire !

 

–       Monde narcissique

–       Pas de regard critique

–       Vase clos et pas de critique vis-à-vis de lui-même

–       Faux-semblants.

 

 

POUR EN SAVOIR PLUS

Alain Besançon, L’Image Interdite : Une Histoire Intellectuelle De L’Iconoclasme, Gallimard, 1994

Régis DEBRAY, Vie et Mort de l’Image, Gallimard, 1992

La société du spectacle Guy Debord

Sur la Télévision de Pierre Bourdieu

 

 

Merci à vous !

 

A bientôt pour un autre sujet sur le blog.

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A propos Parhypnose.com

Maître Praticien en Hypnose Ericksonienne et PNL.
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